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Découvrez l’interview de Patrick SAPY, Directeur Général de FAIR, acteur majeur de la Finance Solidaire en France

Louis - 05/12/2024

Découvrez l’interview de Patrick SAPY, Directeur Général de FAIR, acteur majeur de la Finance Solidaire en France

Dans le cadre de notre série d’articles sur la Finance Solidaire, Patrick SAPY, Directeur Général de FAIR, s’est gentiment prêté au jeu de l’interview pour nous évoquer l’origine de FAIR et sa mission.

Pourriez-vous vous présenter et nous dire en quelques mots l’origine de FAIR et sa mission ?

Je suis directeur général de FAIR, le collectif des acteurs de la finance à impact social, dont Noiret Patrimoine est adhérent depuis de longues années. En guise d’un bref rappel historique, l’association est née en 2021 de la fusion entre Finansol, acteur historique de la finance solidaire, et l’iiLab, laboratoire d’innovation sur l’impact.

FAIR réunit plus de 150 acteurs (banques, sociétés de gestion, entreprises sociales et ONG), et œuvre depuis près de 30 ans à la promotion de la finance solidaire, une autre façon d’épargner et d’investir, plus consciente des enjeux sociaux et écologiques, et cela en mobilisant épargnants individuels et investisseurs institutionnels.

L’association gère notamment l’un des trois labels d’épargne, le label Finansol, créé par des acteurs de la société civile, qui garantit l’impact social et la transparence de 200 produits d’épargne labellisés. Chaque adhérent bénéficie également d’un véritable soutien à travers des outils de communication, des formations, des études, du plaidoyer, ainsi que des événements pour promouvoir une finance plus inclusive et à impact social.

En cela, FAIR permet aux épargnants de prendre pleinement conscience du pouvoir de leur argent et les accompagne, ainsi que tout le secteur, vers une société plus juste et durable.

Quels sont les constats que vous pouvez tirer du marché de la finance solidaire ?

Quand bien même le marché de la finance solidaire est encore pour quelques temps un marché de niche, elle connait une croissance forte et soutenue depuis plus de 10 ans : son encours global a doublé en 5 ans, passant de 15 à 30 milliards et l’ensemble des produits d’épargne solidaire montre un fort dynamisme. Ceci démontre une forte demande des épargnants français pour les sujets de transitions sociales et écologiques: ils se sentent concernés et agissent grâce à leur épargne.

En corollaire, le profil des épargnants solidaires s’est sans doute élargi, et l’on a vu apparaitre une nouvelle génération d’épargnants qui se préoccupent de plus en plus de la finalité de leur épargne.  Certains peuvent concevoir l’investissement comme un acte d’engagement, tout en souhaitant un rendement financier. Et c’est d’ailleurs une tendance connue par les gérants de fonds qui créent les produits d’épargne et d’investissement) : il suffit de se renseigner sur les produits de partage ou d’investissement solidaires qui se multiplient depuis plusieurs années pour se rendre compte de leur. Pour des acteurs tels que les conseillers en gestion de patrimoine, il devient également nécessaire de répondre à cette demande en faisant coïncider ces nouvelles attentes avec des produits d’investissement responsables et à impact.

Dans le champ de la finance solidaire, et plus largement de la finance durable, les labels jouent aussi un rôle clé. Le label Finansol qui monte en exigence années après années est une véritable boussole pour l’épargnant individuel et les investisseurs institutionnels. À ce titre, il atteste tout d’abord d’un impact social, c’est-à-dire que les fonds collectés servent réellement au financement d’activités à forte utilité sociale et écologique, mais c’est aussi un gage de transparence : les souscripteurs ont accès à une information fiable sur les produits labellisés et les activités soutenues.

Enfin, il appartient aux acteurs d’intensifier leurs efforts pour faire connaitre ce type de finance, car c’est encore près de de 70 % des Français qui se déclarent mal informés sur ce type d’épargne, qu’il s’agisse de son fonctionnement, de ses finalités, des produits proposés ou bien des acteurs qui la gèrent.

Source : Sondage « Les Français et l’épargne solidaire », menée par FAIR, France Active et OpinionWay, 2024

Quels sont, à votre avis, les enjeux pour ces prochaines années ?

J’en distingue trois principaux. Pour que la finance solidaire passe à l’échelle dans les prochaines années, il y a enjeu fort de pédagogie à faire, non seulement auprès des Français pour leur faire comprendre que leur épargne ne dort pas, mais qu’elle finance des projets et des entreprises, et qu’ils peuvent reprendre le pouvoir sur cela, mais aussi de la pédagogie et de la formation auprès de l’ensemble des acteurs : distributeurs, conseillers bancaires et assureurs. En effet, orienter les épargnants vers des produits solidaires dépend en partie du volontarisme des grands réseaux de distribution et de la formation des conseillers bancaires.

Ensuite, le rôle des labels, et surtout leur montée en exigence, sera déterminante pour maintenir et pérenniser la confiance des épargnants, afin qu’ils soient assurés que leur épargne et leurs investissements aient un réel impact social et écologique en bout de chaîne, mesurable et chiffrable. Pour ce faire, il faudra maintenir une transparence maximale avec le refus de toute pratique de greenwashing ou de socialwashing, ainsi qu’une meilleure visibilité des produits labellisés dans les différents canaux de distribution.

Enfin, les pouvoirs publics ont toujours un rôle déterminant à jouer et il nous appartient à nous, les acteurs du secteur, de faire en sorte de développer et de sécuriser un cadre règlementaire favorable. C’est un fait, les lois et règlements, comme la loi Pacte, ont permis de mieux faire connaitre la finance solidaire, et si l’on sait bien les raconter, les avancées réglementaires obtenues participent à un vrai discours de preuve auprès du grand public.

Comment voyez-vous le rôle des conseillers financiers ?

Les différents sondages démontrent que les épargnants font généralement confiance à leurs conseillers financiers. Leur rôle est donc déterminant dans la constitution d’une épargne diversifiée et adaptée aux profils de leurs clients.

Toutefois, l’expérience démontre également qu’encore trop souvent, les conseillers ne disposent que de connaissances très générales sur les produits de finance durable, qui, mis à part quelques établissements spécialisés, ne figurent pas en tête de gondole. Quant à la finance solidaire, elle continue de rester une niche très peu connue, non seulement de l’ensemble des épargnants, mais également de nombreux conseillers financiers généralistes.

Il y a sans doute trois leviers à actionner pour encourager la distribution des produits de finance solidaire : développer la notoriété du secteur en mettant notamment en avant les entreprises financées par l’épargne solidaire, capitaliser sur l’existence d’un label exigeant et reconnu qui sert de boussole et enfin, développer une offre de formation professionnelle à destination des conseillers financiers qui leur permettrait de mieux toucher du doigts les différences entre les produits d’épargne classique et les produits d’épargne solidaire.

FAIR a notamment prévu de concevoir et de distribuer en 2025 une offre de formation, qui irait de la sensibilisation à l’expertise, pour les professionnels.

Si vous deviez convaincre en quelques mots un investisseur de s’intéresser à la finance solidaire, que lui diriez-vous ?

Je lui dirais que la finance solidaire présente de nombreux avantages :

  • Elle permet d’abord d’investir près de chez soi, en privilégiant des entreprises implantées sur nos territoires ;
  • Elle permet de flécher l’argent vers des initiatives privées qui relèvent de l’intérêt général et qui peuvent démontrer leur impact social lequel est contrôlé par le Label Finansol ;
  • Elle propose des produits de tout type et adaptés aux profils des investisseurs : de l’épargne sécurisée, de l’épargne disponible ou de l’épargne qui rapporte.
  • La cerise sur le gâteau ? Un impact social ou écologique de l’argent placé qui répond aux attentes légitimes de tout épargnant.

Patrick SAPY

Photo: Maximilien Struys Photography

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